Quels usages pour l'informatique ?

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Quand on termine ses études, on s'en pose un tas, des questions. Sur le métier que l'on veut faire, sur ce que ça signifie, sur le sens et la valeur du travail. Et j'en suis arrivé à faire un constat simple: l'informatique, c'est utile, tant que ça ne vient pas vous pourrir la vie. Oui, parce que de l'informatique on en a partout, des "geeks" et des "accros" aussi, et que ça vient s'immiscer dans nos vies même quand d'autres moyens ou médias sont plus utiles ou pertinents.

Certes, l'informatique nous permet de communiquer et travailler plus efficacement, Mais √† quel prix ? Ce n'est pas parce qu'il est possible d'industrialiser l'√©ducation (ou l'agriculture !), que l'on doit le faire. Oui, √ßa me d√©range d'√™tre une des nombreuses personnes √† l'Ňďuvre derri√®re cette soit disant "r√©volution", qui n'est pas toujours pour le meilleur. Attention, je ne remets pas l'informatique et son int√©r√™t en cause: je me pose des questions quand √† la place que je veux lui donner et la place que je souhaites occuper dans son √©volution. Ce n'est pas parce qu'on peut tuer avec un marteau (avec un peu de volont√©) qu'il s'agit d'un mauvais outil, mais si tout le monde se met √† tuer avec des marteaux (y a des malades partout, hein), alors se poser la question de son r√īle, en tant que fabricant de marteaux me semble n√©cessaire (oui, je vous l'accorde, on aura vu des comparaisons plus perspicaces).

Donc: à partir de quel moment l'informatique cesse d'être un outil utile pour transformer nos modes de vies d'une manière qui me dérange ? Peut être avec son arrivée sur des périphériques mobiles ? Peut être quand elle se fait l'instrument du consumérisme et de l'individualisme.

Et alors, on fait quoi ?

Mais si je continue à faire de l'informatique, il y a bien des raison. J'ai d'ailleurs trouvé mon intérêt de par le coté collaboratif qui est permis et développé par l'outil informatique, et notamment par le réseau des réseaux (internet). Faisons ensemble, mes amis. Prouvons que la collaboration a de meilleurs jours à vivre que la compétition. Le web, notamment, est une avancée majeure en ce qui concerne la liberté d'expression et le partage de connaissances (oui, kipédia). Je vous conseille d'ailleurs à ce propos l'excellent discours tenu par Bernard Stiegler paru récemment sur owni.

Et c'est cet avenir qu'il me plait de d√©fendre: l'ouverture d'esprit, la possibilit√© que chacun puisse contribuer et participer √† une base de savoir commune, en apprenant des autres. Mais par piti√©, n'imposons pas la technologie l√† o√Ļ elle n'est pas n√©cessaire, et utilisons la avec tact quand elle peut nous √™tre profitable.

Il me plait de repenser l'informatique comme outil et non plus comme mode de vie. Faisons le l'outil de la collaboration. À l'école, apprenons à nos enfants à collaborer, à susciter le partage, pas uniquement avec l'outil informatique, mais aussi avec celui ci, tout en leurs apprenant à avoir un regard critique sur les informations qu'ils reçoivent.

En bref, questionner le r√īle que l'on souhaite avoir dans notre soci√©t√© par le biais de l'informatique est n√©cessaire. Comme d'autres, je suis arriv√© √† l'informatique par le biais du premier ordinateur familial, il y a de √ßa une bonne quinzaine d'ann√©es. √áa intrigue, on touche un peu √† tout (on en fait des conneries !) et on finit par apprendre/comprendre comment √ßa marche, petit √† petit. Cette curiosit√© n'est d'ailleurs pas le propre de l'informatique puisqu'on la retrouve dans la cuisine, dans le bricolage et dans un tas de domaines de notre vie quotidienne.

Finalement, c'est aimer bidouiller, et comprendre comment ça fonctionne, quitte à sortir les compétences de leur domaine de prédilection (qui a dit que l'informatique ne pouvait être artistique ?) Le mouvement hacker (bidouilleurs) aime à sortir l'informatique de son carcan et l'appliquer ailleurs.

C'est de cette manière que j'ai envie de considérer mon métier, qui avant tout est une passion. Je suis un bidouilleur, j'aime découvrir comment les choses fonctionnent et avoir une panoplie d'outils qui me permettent de répondre à des besoins réels.

Favoriser la collaboration

Et donc, en tant qu'individu, pourquoi faire de l'informatique ? Qu'est-ce qui m'attire dans cet outil ?

Ce qu'on pourrait qualifier de "recherche fondamentale", l'écriture de bibliothèques logicielles, est important mais n'est pas tout. Ce qui importe ce sont les usages qui en découlent. Je souhaite savoir écrire des outils qui sont utiles, qui favorisent la collaboration et participent à l'ouverture des esprits.

Je choisis de faire de l'informatique pour créer les outils qui répondent à des problématiques réelles, pour trouver de meilleures manières de communiquer et de travailler ensemble. Mais, comme me le disait David, d'Outils-Réseaux, on ne crée pas de la coopération: rien ne sert d'essayer de faire coopérer des gens qui ne veulent pas. On peut, cependant, la faciliter, en utilisant les bons outils et en formant les gens à leur utilisation, ainsi qu'aux pratiques collaboratives (qui, je le répète, ne s'arrêtent pas du tout aux frontières informatique).

Le logiciel libre, avant d'être une force pour le marché logiciel, est une application du partage. Une démonstration qu'il est possible de travailler ensemble pour fabriquer quelque chose de fonctionnel et d'utile pour tous. Une sorte d'antithèse de ce modèle capitaliste incarné par les brevets logiciel.

A plusieurs reprises, j'ai √©t√© bluff√© par la r√©alit√© du logiciel libre. Oui, il est facile de collaborer lorsqu'on cr√©e un logiciel, pour peu qu'on explique les tenants et les aboutissants aux participants. Les contributeurs sortent d'on ne sait o√Ļ, pour peu que le projet leur soit utile. Je ne parle pas d'outils "corpo compliant" (bien que √ßa soit probablement aussi le cas), mais d'outils que j'ai pu d√©velopper pour mon propre usage, et sur lesquels il a √©t√© possible de collaborer avec d'autres.

Parce que l'informatique est utile dans bien des milieux, parce qu'elle peut être (et elle l'est) un vecteur de participation et de collaboration, défendons les valeurs qui nous sont chères (logiciels libres et ouverts!) et construisons des ponts entre les initiatives qui nous parlent (fermes autogérées, initiatives d'éducation populaire) et l'informatique.

Faisons en sorte de rendre l'informatique accessible et utile dans les milieux ou elle peut apporter quelque chose !

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